La prison pour femmes de Qarchak à Varamin : un enfer oublié au cœur du désert
Située sur la route de Ghal’eh Now, entre Téhéran et Varamin, au milieu du désert, la prison pour femmes de Qarchak n’est pas seulement un lieu de détention pour des femmes accusées de divers délits. Elle est devenue, selon de nombreux témoignages, un symbole vivant d’oubli, de violence systématique et d’injustice. Dans ce rapport exclusif, nous jetons un regard sur les conditions déplorables des femmes incarcérées dans cette prison : des femmes prises au piège dans un environnement inhumain, victimes d’une politique de silence, de corruption et d’un mépris total pour leurs droits fondamentaux.

Torture, violence et menaces : le quotidien des prisonnières
Selon de nombreux témoignages venus de l’intérieur de la prison de Qarchak, les femmes y sont régulièrement soumises à des tortures physiques et psychologiques, y compris des passages à tabac, des abus sexuels et des humiliations. La directrice de la prison, Soghra Khodadadi, ainsi que la responsable du quartier des femmes et certains agents sont accusés de former une véritable « mafia du pouvoir » qui étouffe toute tentative de protestation par la menace, la censure et la violence.

Chaque inspection officielle est minutieusement préparée : les portes des sections sont verrouillées et une atmosphère artificielle est créée afin que la voix des prisonnières n’atteigne aucune autorité. Ce climat de terreur pousse de nombreuses femmes à se taire et à renoncer à revendiquer même leurs droits les plus élémentaires.

Une catastrophe sanitaire
Sur le plan sanitaire, la prison de Qarchak est dans un état catastrophique : seules deux douches par section sont utilisables, sans porte ni serrure, avec des murs humides couverts de taches jaunes et blanches. Le système d’évacuation des eaux usées est insalubre, les rats y pullulent et la nourriture de très mauvaise qualité provoque des infections digestives et des maladies de peau.

L’eau potable y est contaminée et les détenues doivent payer pour obtenir de l’eau saine. L’unique système de purification de l’eau est hors service et aucun remplacement n’a été prévu.

Des malades privés de soins : du cancer au sida
Dans cette prison, les femmes atteintes de cancer, de sida ou de maladies cardiaques vivent dans des conditions extrêmement précaires. Non seulement elles ne reçoivent pas de soins médicaux adaptés, mais l’entrée de leurs médicaments essentiels leur est souvent refusée.

Un exemple tragique : une femme atteinte d’un cancer de l’utérus, pour laquelle l’institut médico-légal a ordonné une opération urgente, se voit réclamer une caution de 15 milliards de tomans pour pouvoir bénéficier d’une permission de sortie médicale, une somme que sa famille est dans l’incapacité de payer. Dans de nombreux cas, des prisonnières sont décédées faute de soins à temps, comme Atefeh Banaei, que la direction de la prison a accusée de simuler sa maladie malgré la gravité de son état. Elle a finalement trouvé la mort derrière les barreaux.

Des femmes abandonnées derrière les barreaux
Beaucoup de femmes restent détenues à Qarchak même après avoir purgé leur peine ou payé leurs amendes et dédommagements. Les failles du système de notification judiciaire (Sana) et la lenteur des procédures les empêchent de faire valoir leurs droits et de demander leur libération. Certaines attendent une clarification de leur situation depuis des années, sans aucune explication des autorités.

Dans cet environnement, la corruption règne également : des rapports indiquent que certains condamnés à mort auraient pu obtenir leur liberté en échange de fortes sommes d’argent. Pourtant, plus de 150 femmes condamnées à la peine capitale, notamment pour meurtre ou trafic de drogue, restent emprisonnées et leur voix n’est jamais entendue.

Conditions de vie déplorables
Les prisonnières manquent des biens les plus élémentaires, tels que des journaux, des stylos de couleur ou des correcteurs. Le système de chauffage et de climatisation de la prison est défaillant, exposant les femmes à des températures extrêmes qui menacent leur santé. Aucun programme de formation ou de réinsertion n’est mis en place et les femmes sombrent dans le désespoir.

La mauvaise qualité de la nourriture est également un problème majeur : du riz moisi et des repas avariés qui mettent gravement en danger la santé des détenues.

Les récits des femmes oubliées
Parmi les nombreuses histoires tragiques, certaines sont particulièrement bouleversantes. Celle de Lifen Yan, une femme étrangère incarcérée à Qarchak sans comprendre la langue persane et sans l’assistance d’un interprète lors de son procès. Son partenaire a pu acheter sa liberté en versant 250 000 dollars, tandis que Yan reste enfermée.

Il y a aussi le cas d’une femme de 67 ans, incarcérée pour une dette financière. Elle a subi une opération à cœur ouvert, mais on lui refuse l’accès à ses médicaments vitaux.